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L’évasion chez la jeunesse contemporaine : refuge dans les films et les séries

Escapism Among Contemporary Youth Refuge in Films and Series

Le désir de se protéger d’une réalité effrayante ou insupportable accompagne l’humanité depuis l’Antiquité. Durant la crise de la République romaine, l’historien allemand Theodor Mommsen a décrit comment le chaos et l’instabilité ont engendré un mouvement de retrait massif parmi les Romains. Nombre de citoyens, désillusionnés par la vie politique, se sont progressivement éloignés de la sphère publique, se sont retirés dans leurs domaines ruraux et ont consacré leur temps à la littérature et à la philosophie. Cette prise de distance avec la réalité constituait une forme d’autodéfense psychologique, un moyen de construire un monde sûr et maîtrisable au sein de leur propre imagination. Aujourd’hui, deux millénaires plus tard, le mécanisme fondamental demeure inchangé, mais les instruments façonnés par le progrès technologique se sont considérablement sophistiqués. Parmi ces phénomènes figure la consommation incontrôlée de films et de séries télévisées.

Dans son acception contemporaine, le terme « escapisme » est compris comme une forme d’évitement. La psychiatrie moderne l’emploie pour désigner un comportement visant à se soustraire à une situation frustrante. Une perspective plus existentielle est proposée par E. Trufanova, qui définit l’escapisme comme une « fuite à la recherche de sens ». Selon sa conception, l’escapisme n’est pas seulement une réaction défensive, mais également une propriété fondamentale du psychisme, enracinée dans la volonté de compenser un manque de sens par la construction de réalités subjectives. Cette approche permet de comprendre pourquoi les films et les séries sont devenus l’un des principaux « refuges » contemporains : le récit offre au spectateur l’illusion d’un monde ordonné, dans lequel les événements s’inscrivent dans une logique cohérente de causes et de conséquences.

Les recherches contemporaines confirment cette tendance. En 2025, les sociétés Ingosstrakh et ON Media ont mené une enquête dont les résultats ont montré que plus de la moitié des Russes (51 %) considèrent le stress comme un compagnon fréquent de leur quotidien. Le groupe le plus vulnérable s’est révélé être celui des jeunes adultes âgés de 25 à 34 ans, dont 33 % déclarent ressentir du stress chaque jour. Comme principal moyen de faire face à cette tension, les répondants ont cité la consommation de contenus vidéo (30 %), à un niveau comparable aux échanges avec leurs proches, tandis que les séries se sont imposées comme la catégorie de contenu la plus efficace pour réduire le stress (61 %).

Il convient également de distinguer les différentes formes d’escapisme. E. Belovol et A. Kardapoltseva ont mis en évidence, à travers leurs travaux empiriques, un « escapisme positif », associé à l’épanouissement créatif et à la réflexion systématique, ainsi qu’un « escapisme négatif », fondé sur l’évitement des problèmes. Cette seconde forme se manifeste dans le visionnage excessif et incontrôlé, lorsque les séries cessent d’être une source d’inspiration pour devenir un instrument de fuite. Selon V. Belov, la frontière entre loisir et évitement est définie par la dépendance : dès lors qu’un mécanisme compensatoire devient une fin en soi, l’individu se détache progressivement de son environnement, ce qui permet de parler d’un comportement escapiste pleinement constitué. Cette hypothèse est corroborée par l’étude de L. Shukshina et I. Kogai, qui a démontré que les individus enclins à l’escapisme ont davantage tendance à réfléchir à leurs problèmes qu’à les résoudre effectivement.

Ainsi, l’escapisme au sein de la jeunesse contemporaine constitue un phénomène complexe et ambivalent, combinant à la fois des formes adaptatives et inadaptées. L’analyse des recherches théoriques et empiriques montre que le principal facteur distinguant l’« escapisme positif » de l’« escapisme négatif » réside dans le degré de conscience de soi et dans la capacité réflexive du sujet. C’est précisément cette aptitude à donner du sens à sa propre expérience qui permet d’utiliser les contenus médiatiques non comme un moyen de fuite, mais comme un instrument de développement personnel et de réinterprétation de la réalité.

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